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Côte d’Ivoire: requiem pour un caïd

Alexis de Tocqueville disait que l’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux mais beaucoup de copies. Comme dans un jeu de dominos, de proche en proche les violences post-électorales  risquent, si on n’y prend garde, de s’étendre à d’autres pays du continent. Ce qui annihilerait tout effort de progrès démocratique auquel nous nous sommes attelés au cours des vingts dernières années. Après les sinistres précédents du Kenya en  décembre 2007 où Mwai Kibaki a spolié le pouvoir de Raila Odinga après la décision des urnes et du Zimbabwé en mars 2008 où le sénile Robert Mugabé a refusé de passer le relais à Morgan Tsvangirai, la guerre de dévolution du pouvoir en Côte d’Ivoire continue de ternir l’image de notre continent et d’endeuiller des familles entières.

 

Le refus obsessionnel, maniaco-dépressif de Laurent Gbagbo à céder le pouvoir à Alassane Ouattara constitue un sévère soufflet reçu par les démocrates africains, une prise en otage regrettable de la démocratie. Il serait difficile à ceux des illuminés  authentiques qui soutiennent encore Laurent Gbagbo dans ses errements de convaincre du  bien –fondé de son entêtement vicieux à  refuser de lâcher du lest . Nous ne  prendrons pas le parti de ce qui est contre ce qui sera. Au contraire de  Ponce Pilate, nous ne saurons nous en laver les mains. Conjuguons nos voix et nos forces pour enrayer l’invasion de la république par l’anarchie. Le cas de figure actuel de la Côte d'Ivoire ne saurait être encouragé car ce faisant, il risquerait de faire des émules. Attention aux effets de domino !

 

La nouvelle Côte d’Ivoire bicéphale inquiète et trouble nos sommeils, à l’allure où les événements se déploient. Le pays est au bord du chaos. Le spectre d’une guerre civile tient de la probabilité, à  moins que la vraie sagesse n’habite Laurent Gbagbo. Ce qui tient de l’improbable. En fait, l’homme est loin d’être fou.” La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent.” disait Albert Einstein. Laurent Gbagbo, le boulanger,  a toujours usé avec un art consommé les mêmes techniques pour “rouler dans la farine” ses adversaires politiques, pour justifier ses crimes en nous disant invariablement ceci: ” je suis innocent du sang de mon peuple bien aimé”. Connaissant Laurent  Gbagbo car l'ayant admiré avant d’en être déçu, suivi de bonne heure depuis son retour de l'exil, je peux dire qu'il est un fin animal politique , très doué, possédant à ravir une capacité manoeuvrière machiavélique hors du commun, il serait naïf de croire qu'il va céder son fauteuil facilement. Il est téméraire. Avec un front et un coeur d’airain , il ne recule devant rien. Les supplices, les exactions perpétrés indifféremment contre les dioulas, les musulmans et tous les sympathisants d’ADO font de lui un poncife du crime hideux.  Il devient le plus sanguinaire des princes au grand damn de Néron et d’ Henri VIII. Le malheureux peuple ivoirien n’a que trop souffert des jours de sang, des charniers, des escadrons de la mort et de calamités.

La démesure de l’ego  de ce bandit l’aveugle, le fait accrocher au pouvoir contre vents et marées. En cela, il est suivi par une horde de somnambules, d’ouailles en proie à une fascination mystico-réligieuse du héro anti-impérialiste qui ne réalise pas qu’il les embarque dans une aventure incertaine et suicidaire. Les socialistes français ont refusé de jouer les thérapeutes peu scrupuleux de “son syndrome du justicier-victime”.  La question qui se pose est de savoir à quel moment précis le caïd  va essuyer la bourrasque. Rien ne saurait défaire ici bas un homme vicieux que son propre vice. Il faut pendre cet animal sanguinaire dans son pré carré pour attiédir les velléités d’autres pas loin de nous. Ils sont à nos portes.  On ne saurait faire d'omelettes sans casser d'oeufs, la solution est militaire: ivoirienne, africaine ou internationale, peu importe. A un ami j’ai exprimé ma crainte de voir  un coût humain élevé que la Côte d’Ivoire payerait à une expédition militaire expéditive. Il m’a gratifié de cette formule poétique: une fin tragique est préférable à une tragédie sans fin.

La vigoureuse levée de boucliers conjuguée avec la forte pression tous azimut achévera de briser sa résistance et de fondre son orgueil qui se refuse à se dédommager. Son obsession  à renoncer à la vanité, à la concupiscence, à la mégalomanie et au nombrilisme lui fait accrocher désesperement au pouvoir. En criant au complot et en jouant la carte de la victimisation il se livre de façon paranoìaque à un divertissement ridicule. Le temps, qui n’est pas non plus son meilleur allié, joue contre lui car le tout risquera de se jouer à l’usure. Dans sa crise hallucinatoire, derrière les murs épais de son bunker volontaire du quartier chic de Cocody, il semble entendre retentir le chant funèbre de sa mort politique et physique certaines. Dans les jours à venir, il  ne faudrait pas s'attendre à voir le ciel ivoirien peuplé de jolies étoiles, les nuits seront longues, les journées aussi.

Si l’ONU, les américains et les occidentaux dans leurs condamnations nous ont prouvé qu’il ont le sens de l’histoire car ne voulant plus souffrir d’une certaine culpabilité du silence devant le crime (cas du génocide rwandais), les chefs d’Etats africains, aphones, excepté le Kenya, nous avaient laissé perplexes. Et brusquement, ils sortent de leurs torpeurs et nous surprennent  agréablement pour une fois par “leur courage et leur prise de position ferme”. Une franc-maçonnerie composée des Abdoulaye Wade, Comapaoré, Faure… aura t-il le courage d’envoyer un contingent militaire en Côte d’Ivoire pour la sauver?  Faudrait-il voir en filigrane une certaine diplomatie souterraine de la France, marrionnettiste? Ne serait-il pas un exercice mal aisé pour ces  nouveaux Dons Quichottes de l’arbitraire du pouvoir  de nous prouver qu’ils sont plus sages que Laurent Gbagbo? En se  regardant dans une glace, au lieu de voir Laurent Gbagbo, ne se verront –ils pas eux mêmes?

L’hypothèse la plus plausible me paraît la prise en charge de son destin par le peuple ivoirien lui même comme a su le faire vaillamment le peuple nigérien pour chasser cet autre avide du pouvoir, Mamadou Tanja. S’il y’a des causes justes, il n’y a pas d’armées justes. Donc l’armée ivoirienne a “un devoir historique de violence” à jouer. Si Michelle Alliot Marie dit qu’il n’est pas trop tard pour Gbagbo de sortir honorablement, il ferait mieux de sortir de sa rêvasserie pour méditer sur la profondeur et le sérieux de cette  reflexion de Pierre Marivaux : ” En général, il faut se redresser pour être grand: il n'y a qu'à rester comme on est pour être petit.”

Fatogoma Mohamed Ouattara

Orange, New Jersey

USA

 
Sprichwort

Es ist nicht ein Waisenkind verloren zu haben Vater und Mutter, sondern die Hoffnung verloren haben.

[Malischen Sprichwort]

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